
On en avait parlé récemment dans un article: les data centers se multiplient en Europe et en Suisse. Ces derniers mois ont d'ailleurs vu la construction de deux géants, en Argovie, pour un volume d’investissement d’environ 570 millions de francs. Ce qui a permis une bonne tenue, dans les statistiques, de tout l’immobilier professionnel (dans à peu près tous les pays développés, les investissements dans les data centers sont aujourd’hui plus importants que les investissements dans l’immobilier de bureau). Mais attention aux lendemains qui déchantent.
3 ans de construction effrénée, des milliers de centres de données
En effet, comme le relève une récente enquête de Reuters, en Chine, après une période de construction effrénée, le secteur des centres de données est à la peine: leur multiplication a créé une surcapacité qui menace leur viabilité. Selon la MIT Technology Review, jusqu’à 80 % de la nouvelle capacité de calcul chinoise ne trouvent pas preneur.
Si l'on en croit les données officielles, les autorités locales ont soutenu la construction de pas moins de 7 000 centres de données ces trois dernières années, pour des investissements d’environ 3 milliards de francs en 2024 selon les calculs de Reuters et d'au moins 2 milliards en 2025.
Que faire de toute cette puissance de calcul excédentaire ?
Pour les autorités chinoises, ces centres de données permettaient de doper le secteur de la construction dans l’ouest du pays, où le coût de l’énergie est moins élevé, pour répondre à la demande des pôles économiques de l’Est.
Mais les incitations ont été trop efficaces! A tel point que le gouvernement central a mis le holà. Aujourd’hui, selon Reuters, les autorités de planification mènent une évaluation du secteur et cherchent des solutions, comme la création d’un service cloud national, pour exploiter la puissance de calcul excédentaire. Selon Reuters, le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) collabore avec les trois principaux opérateurs de télécommunications nationaux afin d’interconnecter les centres de données en un réseau et de créer une plateforme de commercialisation de la puissance de calcul disponible. Un projet ambitieux qui n’est pas sans soulever de nombreux problèmes de faisabilité, au vu des défis technologiques qu’il implique.
Aujourd’hui la Chine, demain la Suisse?
Bref, comme le résume le Guardian, l’exemple chinois nous enseigne une leçon importante: la construction d’un centre de données ne garantit pas son utilisation.
Par ailleurs, au vu du développement de la construction de centres de données dans le monde entier, il est peu probable que cette leçon se limite à la Chine. Autrement dit : que fera-t-on demain avec nos data centers en Suisse si le marché est également saturé ? Va-t-il se passer la même chose qu'avec l'immobilier de bureau, où le taux de vacance ne cesse de grimper, ce qui, au final plombe la rentabilité? Affaire à suivre.
Rédaction Immoday
Suivez-nous sur LinkedIn.