«De la donnée terrain à l’intelligence décisionnelle: la nouvelle étape du pilotage énergétique»

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Interview 8 min Immoday.ch
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L’IA promet d’accélérer l’analyse des portefeuilles immobiliers. Mais elle ne peut produire de décisions fiables que si elle s’appuie sur des données réelles, mesurées et qualifiées. Nicolas Demierre, CEO de Signa-Terre, explique pourquoi l’enjeu n’est plus seulement de suivre les consommations ou de prioriser les investissements, mais de construire un véritable pilotage stratégique combinant expertise terrain, automatisation et intelligence décisionnelle.

Piloter la transition énergétique d’un portefeuille immobilier ne consiste plus seulement à suivre les consommations. Après le temps du suivi énergétique et de la priorisation des investissements, s’ouvre désormais une nouvelle étape: celle d’un pilotage plus intégré, capable de croiser la performance énergétique, l’état patrimonial, le cadre réglementaire, la planification territoriale et les capacités d’analyse offertes par l’IA. Pour Nicolas Demierre, CEO de Signa-Terre, la fiabilité de la donnée et la capacité à l’exploiter sont devenues des conditions essentielles du pilotage immobilier.

Nicolas Demierre, vous dites que, aujourd'hui, l'enjeu pour un propriétaire est de mieux arbitrer, prioriser et piloter ses actifs. Mais quelles sont les données pertinentes pour prendre ensuite les bonnes décisions?

Il y a d’abord toutes les données liées à l’énergie et aux consommations d’un bâtiment. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi prendre en compte l’état patrimonial, pour qualifier la vétusté de chaque élément et identifier les besoins de rénovation. Sans oublier le contexte législatif local et la planification énergétique territoriale, comme le développement de futurs réseaux thermiques. Notre valeur, c’est de croiser toutes ces données sur une même plateforme pour en faire une vision unique, utile et exploitable pour piloter, décider et agir.

Aujourd'hui avec l'IA, un propriétaire ou un investisseur a-t-il encore besoin d'organismes extérieurs comme Signa-Terre pour récolter ces données?

Oui, clairement, et probablement plus que jamais. Les outils fondés sur des modèles d’IA apportent déjà des informations pertinentes et une réelle plus-value à l’échelle d’un portefeuille. Mais l’IA analyse les données : elle ne constate pas, à elle seule, la réalité physique d’un bâtiment. Il faut vérifier les états, qualifier les informations disponibles et mesurer ce qui doit l’être. C’est précisément notre rôle. Nous savons qu’il peut exister des écarts importants entre les registres publics, les modèles et la réalité du terrain. Notre conviction n’est donc pas d’opposer le terrain à l’IA, mais de faire de la donnée terrain le socle de toute intelligence artificielle réellement utile. Sans données fiables en entrée, même le meilleur outil numérique produit des résultats approximatifs. Avec des données réelles et qualifiées, on peut au contraire automatiser une grande partie du pilotage et transformer ces informations en tableaux de bord, scénarios, indicateurs de risque, trajectoires CO2 et feuilles de route.

Selon vous il est donc toujours important d'aller sur place pour collecter les données?

Oui, mais il faut distinguer les usages. La visite sur site reste primordiale pour constater l’état réel d’un immeuble. C’est sur cette base que l’on peut construire une planification des travaux et une trajectoire CO2 alignées sur la réalité du terrain. Dès qu’il faut prioriser les interventions avec justesse et répondre aux exigences de reporting, ce constat sur place devient indispensable. En revanche, il n’est pas nécessaire de se déplacer pour relever régulièrement les données de consommation: leur collecte peut être automatisée. Il faut donc distinguer la visite destinée à qualifier l’état du bâtiment du suivi des consommations, qui peut être continu et digitalisé.

Y compris pour les bâtiments neufs, où, a priori, les données sont plus nombreuses et à jour?

Oui, mais l’enjeu est différent. Pour un bâtiment neuf, il ne s’agit pas de planifier des rénovations, mais de suivre et d’optimiser la performance énergétique afin de réduire au minimum l’écart entre le planifié et le réalisé. Le seul moyen de le vérifier est de mesurer les consommations réelles une fois le bâtiment en exploitation. On peut alors identifier les écarts, comprendre s’ils proviennent des réglages techniques ou de la manière dont le bâtiment est réellement utilisé, puis ajuster son fonctionnement.

Une fois les données qualifiées, comment accompagnez-vous un propriétaire, à la fois dans l’optimisation de sa stratégie et dans sa mise en œuvre?

Nous intervenons à deux niveaux. Pour optimiser la stratégie, notre prestation ImmoData-Pro s’appuie sur la performance énergétique actuelle et l’état de vétusté des bâtiments pour identifier les priorités de rénovation et déterminer une feuille de route avec chiffrage des coûts et trajectoires CO2. Pour la mise en œuvre, notre équipe d’Assistance à la maîtrise d’ouvrage accompagne les projets identifiés comme prioritaires. Notre méthode associe donc les outils numériques à l’expertise de nos équipes. Il ne s’agit pas seulement de dire quels travaux seraient souhaitables, mais de les arbitrer en tenant compte d’une équation complexe: coûts d’investissement, état du bâtiment, contraintes réglementaires et impact énergétique. L’objectif est de déterminer quels travaux engager, dans quel ordre et à quel moment.

Le propriétaire reste-t-il maître de ses données s’il souhaite travailler avec d’autres mandataires?

Oui. Les données appartiennent à nos clients. Notre plateforme leur permet de les visualiser et d’en tirer des informations utiles à la décision stratégique, mais ils peuvent à tout moment exporter les données brutes ou les partager avec d’autres mandataires. C’est notamment le cas lorsqu’un bâtiment identifié comme prioritaire entre en phase d’avant-projet de rénovation.

Au final mieux vaut-il maintenir sur le long terme la durabilité d'un immeuble ou le laisser se dégrader, pour à la fin le détruire et le reconstruire à neuf?

Chez nos clients institutionnels, nous rencontrons rarement des stratégies consistant à laisser volontairement un immeuble se dégrader. La tendance est plutôt à une planification proactive, précisément pour éviter que son état ne devienne trop péjoré et que la remise à niveau ne soit plus maîtrisable. Certains propriétaires peuvent toutefois ne pas avoir la capacité financière de supporter une rénovation importante. Ils cherchent alors à prolonger l’exploitation aussi longtemps que possible, au risque de voir l’actif se décoter ou de ne plus satisfaire aux exigences légales. Le bâtiment finit souvent par être cédé à un acteur disposant des capacités d’investissement nécessaires pour le remettre à niveau.

Vous assurez que la durabilité, pour l'immobilier, n'est plus un sujet périphérique mais un enjeu stratégique de la gestion immobilière. Ce n'est pas un vœu pieux?

La durabilité devient un levier de création de valeur parce qu’elle permet d’anticiper les exigences légales, de réduire le risque de décote et d’engager les investissements au bon moment. Pour un propriétaire de long terme, un immeuble performant et durable est donc un actif mieux préparé aux évolutions futures. La durabilité n’est plus seulement une question de conformité ou d’image: elle devient un enjeu de gestion patrimoniale. Elle permet de piloter la performance dans la durée, de répondre aux exigences de reporting et d’assumer les investissements futurs de manière planifiée. Un propriétaire a donc tout intérêt à intégrer ces enjeux à sa stratégie patrimoniale.

Dans ce contexte général où la durabilité des immeubles est devenue incontournable, comment vont les affaires pour Signa-Terre?

Le contexte est en effet porteur et Signa-Terre poursuit son développement. Les propriétaires immobiliers veulent mettre en place des stratégies de durabilité et des plans d'investissement. Le contexte législatif se durcit également, ce qui crée des opportunités. Mais on constate également qu'il y a aussi plus d'acteurs qui se positionnent sur ce segment, ce qui augmente la concurrence. Nous devons donc continuellement développer et améliorer nos prestations pour accompagner et conseiller au mieux les propriétaires immobiliers.

Concrètement?

Nous développons de nouvelles approches pour automatiser la collecte des données là où cela a du sens, et les croiser avec les données terrain sur les états physiques des bâtiments. Une fois collectée, fiabilisée et structurée, cette donnée devient un véritable outil de pilotage: elle permet d’objectiver les priorités, de comparer les scénarios et de planifier les interventions à l’échelle du portefeuille.

Nous faisons aussi évoluer notre interface vers un cockpit décisionnel intégrant l’IA. Notre approche reste celle du « right tech »: associer notre savoir-faire d’énergéticien à la technologie là où elle crée réellement de la valeur pour le client. Cette évolution renforce notre rôle de plateforme d’intelligence énergétique et permet à nos clients de décider et d’agir plus vite, sans compromettre la fiabilité.

La Rédaction

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