
Si l'on plafonne la population suisse, il y aura évidemment un impact sur la demande d'immobilier, qu’il soit résidentiel, commercial ou de bureau. Mais ce plafonnement aura aussi des conséquences indirectes provoquées par une carence de main d'œuvre sur les chantiers, et surtout par la diminution de la confiance des investisseurs dans un actif considéré comme particulièrement attrayant. En effet, la hausse quasi constante des prix observée ces 25 dernières années pourrait être enrayée si l'initiative était acceptée.
Le 14 juin risque d'être un jour de grand chambardement pour les investisseurs immobiliers. Avec, d'une part, trois initiatives à Zurich, qui, dans le domaine immobilier aussi, donne souvent le ton pour tout le pays, et, de l'autre, l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions !».
Les deux sujets étant assez différents, nous y consacrons deux articles séparés. En nous focalisant ici sur l'initiative de l'UDC.
1. Fin de la hausse constante de la demande de logement
L'essentiel de la croissance immobilière suisse de ces dernières années est une conséquence directe de l'augmentation constante de la population. Un facteur qui, évidemment, disparaîtra, si l'on impose un plafonnement. Donc, globalement, moins de nouvelles constructions, ce qui devrait enrayer la hausse constante des prix de l’immobilier existant observée ces 25 dernières années, selon des études publiées par UBS et la ZKB.
Mais l'initiative UDC ne devrait pas toucher que l'immobilier résidentiel. En effet, les experts estiment qu'elle va provoquer une contraction de la croissance économique, ce qui devrait aussi impacter la demande de surfaces commerciales et de bureaux, deux secteurs dont la santé est déjà fragile.
2. Pas le même impact dans les grands centres urbains et dans les périphéries
Pour les experts immobiliers, l'impact de l'initiative sur l'immobilier ne sera pas identique dans les grands centres et dans les périphéries.
Les premiers devraient rester relativement protégés. En effet, l'attrait économique des villes ne va pas faiblir et la pénurie immobilière des grands centres urbains suisses ne va que partiellement se résorber avec le plafonnement de la population.
Ce n'est pas tout à fait la même histoire pour les régions périphériques qui devraient voir les taux de vacance augmenter. Ce qui obligerait les propriétaires à revoir leur rendement à la baisse et pourrait déclencher un cercle vicieux entraînant un abandon des régions périphériques par les gros investisseurs immobiliers.
3. Les coûts annexes entraînés par une pénurie de main d'œuvre
Pour les organisations patronales, le principal impact de l'initiative serait indirect : elle entraînerait une pénurie de main d'œuvre dans un secteur que l'IA ne pourra pas remplacer (les gains de productivité générés par l'IA étant un des grands arguments des partisans de l'initiative pour assurer qu'elle ne provoquera pas de crise économique), ce qui ferait grimper les salaires et donc les prix de la construction, sans oublier un allongement des délais pour les chantiers, qui entraînerait encore des coûts supplémentaires.
En effet, pour les organisations patronales, en menaçant l'accord sur la libre circulation, l'initiative privilégierait une immigration haut de gamme, à forte valeur ajoutée, qui ne concernerait pas de prime abord les ouvriers du bâtiment.
4. Baisse de confiance des investisseurs pour l'immobilier suisse
Les experts anticipent un autre impact indirect important : la baisse de confiance des investisseurs dans l'actif immobilier. Ces derniers privilégient aujourd'hui cette classe d'actifs à cause de ses rendements stables, mais aussi à cause de la hausse des prix quasi constante depuis 25 ans.
Si les investisseurs suisses et en particulier les institutionnels n'auront pas beaucoup le choix et devront continuer d'allouer une partie de leurs actifs dans l'immobilier, il n'en va pas de même pour les investisseurs étrangers, pour qui la brique helvétique est depuis longtemps reconnue comme la valeur refuge ultime, associant à la fois la solidité de la pierre et du franc suisse.
Un plafonnement de la population qui entraînerait un tassement de la demande et la fin de cette hausse constante des prix pourrait donc nuire à l'attractivité de l'immobilier suisse pour les investisseurs, ce qui impacterait directement les différents véhicules d'immobilier titrisé.
La Rédaction • Immoday.ch
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