
Pour résoudre la pénurie de logement qui pénalise désormais même la classe moyenne, les autorités cantonales zougoises proposent une solution inédite: la création de zones blanches, où la plupart des contraintes et les restrictions qui pèsent sur la construction immobilière et l'urbanisme seront levées. Pour permettre de construire plus haut, plus dense, plus rapide. En contrepartie, au moins 40% des logements construits dans ces zones blanches devront proposer des loyers modérés.
Avec un taux de vacance de 0,5%, le canton de Zoug souffre d'une pénurie immobilière particulièrement sévère, sans compter des prix extrêmement hauts et des loyers qui ne cessent de grimper, conséquence d'une population en forte croissance et de zones constructibles bloquées par la législation.
Bref, quand on fait partie des bas salaires et même désormais de la classe moyenne dans le canton, il est devenu difficile de se loger.
Pour résoudre le problème, les autorités cantonales proposent une solution inédite, certains disent même révolutionnaires: la création de zones blanches, pour permettre rapidement la construction de logements supplémentaires. En contrepartie, au moins 40% de ces logements devront proposer des loyers modérés.
Des réglementations de construction fortement allégées
Comme l'explique le Tages-Anzeiger, dans ces zones blanches, une bonne partie des réglementations en matière de construction seraient levées, pour permettre plus de densification. On pourrait construire des immeubles plus hauts, plus proche les uns des autres. Mais sans pour autant déroger aux règles de qualité en particulier dans le choix des matériaux.
Quant au prix, il devrait être maîtrisé grâce à la concurrence, puisque dans ces zones blanches, tous les promoteurs pourraient proposer des projets jusqu’à ce que le nombre de logements souhaité par le canton soit atteint.
Ces zones blanches seraient également protégées de la grande plaie qui pénalise la construction immobilière en Suisse, les oppositions et les procédures administratives interminables.
Comme l'ont expliqué les autorités zougoises, actuellement, construire haut nécessite une procédure complexe, longue et coûteuse, sans garantie de réussite. Ce qui fait hésiter beaucoup d'investisseurs, qui se contentent finalement de bâtiments locatifs de 4 ou 5 étages.
Pour les économistes c'est la bonne solution
Pour les économistes, le projet est enthousiasmant. Comme l'a expliqué Michele Salvi, vice-directeur d'Avenir Suisse, lors du Forum immobilier de la Banque cantonale de Saint-Gall, il est évident que pour rendre les logements abordables, il faut simplifier la construction. Et non pas imposer des réglementations supplémentaires, ce qui est plutôt la tendance actuelle en Suisse.
En effet, pour Michele Salvi, l’expérience montre que cette accumulation de réglementations a pour effet non pas de doper mais de restreindre l'offre ce qui aggrave la pénurie de logement
En outre, quand on compare avec l'étranger, la densité urbaine des grandes villes de Suisse est faible. Autrement dit, pas de gratte-ciel. Pour Michele Salvi, cela met en évidence un problème fondamental: il manque dans notre pays, une culture qui favorise activement le développement dense des villes et le renouvellement architectural. Dans ce contexte, les zones blanches peuvent être une bonne solution.
La proposition doit encore passer l'écueil du parlement
Si, sur le papier, la solution semble intéressante, même si elle fait évidemment grincer quelques dents, elle devra encore passer l'écueil du parlement zougois, puis, probablement, du peuple.
Actuellement l'office d'aménagement du territoire cantonal est en train d'identifier des zones blanches potentielles. Ensuite, comme le rappelle le Tages Anzeiger, la loi cantonale d'urbanisme et de construction et le plan cantonal d'aménagement du territoire devront être modifiés. En outre, les communes concernées devront également donner leur accord pour la modification du plan de zonage. Autant de décisions qui pourront être contestées par référendum.
Les oppositions sont évidemment nombreuses
Évidemment, les oppositions sont nombreuses. En particulier des partis de gauche et des Verts. Mais pour les partisans des zones blanches, le fait qu'au moins 40% des logements devront être proposés à loyer modéré devrait emporter l'adhésion des défenseurs des locataires, au vu de la pénurie actuelle de logements abordables.
Plus étonnant, comme le relève le Tages-Anzeiger, l'opposition des architectes, qui craignent une dégradation de la qualité architecturale et urbanistique dans les zones blanches. Pour qui s'est promené récemment dans les banlieues résidentielles de Zoug, où les immeubles de tout style ont poussé comme des champignons, un peu n'importe comment, cette crainte fait un peu sourire.
La Rédaction • Immoday.ch
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