
Partager cet article sur:
Dans l'immobilier, pour une femme, face au plafond de verre, l'important est de refuser le statu quo: postuler chez un concurrent qui saura valoriser vos compétences à leur juste valeur, voire même opter pour la voie de l'indépendance. Mais surtout il ne faut jamais rien lâcher, ne jamais cesser d'étendre son réseau et oser contacter directement les personnes qui peuvent vous faire progresser, explique la présidente d’Immoday.ch.
Quand il s'agit de parler de la carrière des femmes dans l'immobilier Anita Horner est incontournable. Après plusieurs années chez SPS, elle est devenue indépendante, présidente d'Immoday.ch et très active dans wipswiss une association qui réunit aujourd'hui 300 membres et qui cherche justement à pousser les carrières des femmes dans un milieu immobilier qui reste très, très masculin.
Anita Horner, avant de parler de votre carrière, parlons d’Immoday.ch, média en ligne sur lequel on peut lire cet entretien. Vous êtes contente de ce que propose aujourd'hui la plateforme?
Immoday, qui est dédiée à l’immobilier indirect et titrisé en Suisse, répond clairement à un besoin dans un domaine extrêmement important, parce qu’il touche aux fonds immobiliers, aux sociétés cotées, aux portefeuilles institutionnels et donc à une partie significative du marché immobilier suisse. Mais c’est aussi un univers qui reste souvent très technique et peu visible. Le rôle d’Immoday est justement de rendre ce secteur plus lisible, plus accessible et plus connecté. Nous mettons en avant des analyses, des interviews, des tendances, des événements et les acteurs qui façonnent ce marché. L’idée est de créer un pont entre l’immobilier, la finance, les investisseurs et les professionnels du secteur.
Vous êtes présidente d’Immoday.ch, ça consiste en quoi?
En tant que présidente, mon rôle est de contribuer à cette visibilité, de fédérer les acteurs et de faire d’Immoday un espace sérieux, crédible, mais vivant. Pour moi, Immoday est une voix pour l’immobilier indirect suisse. Une voix qui permet de mieux comprendre un segment stratégique du marché, sans le réserver uniquement aux initiés.
Anita Horner, comment avez-vous rencontré l'immobilier?
Par hasard. J'ai trouvé du travail chez Immoveris, aujourd'hui Swiss Prime Site. Nous gérions les transactions et locations commerciales pour des fonds d’investissement. Mais si je suis entrée dans l’immobilier titrisé par hasard, j'y suis restée par passion.
Qu'est-ce qui vous amené à l'indépendance avec l'ouverture d'Immo Solutions Atelier en 2021?
J’avais besoin de travailler autrement. Les grandes structures m’ont apporté une solide expérience, mais je m’y sentais un peu enfermée. Devenir indépendante m'offre plus de liberté et de créativité dans la gestion de mes mandats. J'avais besoin de mener les projets d'une manière qui me ressemble.
Devenir indépendante, ça en vaut la peine?
Oui, clairement. On y laisse parfois quelques heures de sommeil, mais le jeu en vaut largement la chandelle.
Et financièrement, c'est intéressant?
Oui, même s'il faut accepter les fluctuations. On quitte le confort du salaire fixe mensuel, mais on récupère l'entier de la plus-value de son travail.
Pour ceux de nos lecteurs qui ne le sauraient pas, rappelez-nous quelles sont les activités d'Immo Solutions Atelier?
Nous sommes spécialisés dans la location de surfaces commerciales dans toute la Suisse. Nous intervenons principalement pour des fonds immobiliers confrontés à des problèmes de vacance: ils nous confient les locaux qu'ils n'arrivent pas à louer et nous trouvons les locataires. Nous gérons aussi des transactions, mais de façon plus secondaire.
Beaucoup de spécialistes assurent que l'immobilier commercial est un secteur sinistré. C'est vraiment le cas?
Je ne suis pas d'accord. La clé réside dans un prix juste et dans la volonté des propriétaires d’investir, par exemple via des aménagements locatifs ou des gratuités de loyer. J'obtiens d'excellents résultats même dans des communes qui ne sont pas particulièrement bien situées.
Comment se passe une journée d'Anita Horner?
Il n'y a pas de journée type et c'est ce que j'adore. Mon quotidien est très varié: je peux analyser un mandat, enchaîner avec des visites d'immeubles ou affiner la stratégie avec des propriétaires. Hier, je conceptualisais la zone d'accueil d'un bâtiment avec son locataire; ce matin, je préparais la commercialisation d'un terrain de 26 000 m².
Concrètement comment trouve-t-on des locataires pour de l'immobilier commercial?
Publier une annonce sur des plateformes ne suffit plus, il faut anticiper. Pour chaque mandat, je définis le profil des prospects idéaux, puis j'utilise des outils professionnels pour cibler directement les décideurs du secteur. C'est un équilibre entre visibilité publique et démarche proactive. Après cinq ans d'activité, notre réseau nous permet aussi de proposer des opportunités off market en primeur à des entreprises en recherche active. Cela fonctionne très bien.
Vous avez été pendant plusieurs années présidente de wipswiss - women in property Switzerland association - dont vous êtes toujours membre du comité. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette association?
Créée en 2014, wipswiss est un réseau national et bilingue qui rassemble plus de 300 femmes cadres et dirigeantes de l'immobilier en Suisse. Notre but est de rendre les compétences des femmes visibles pour qu'elles accèdent aux postes clés.
Comment expliquez-vous qu'il y a très peu de femmes occupant des postes à responsabilités dans l'immobilier en Suisse?
C'est un sujet complexe, mais je constate sur le terrain que les femmes n'osent pas assez occuper le devant de la scène. Lors de tables rondes ou d'interviews, beaucoup s'effacent au profit de collègues masculins. Nous doutons encore trop de nous-mêmes.
La situation a évolué?
Oui, la dynamique change. Dans mes échanges professionnels, nous sommes désormais prises au sérieux. Cependant, cela n'avance pas assez vite. Il reste encore beaucoup de travail pour accéder aux conseils d'administration et aux directions générales.
Si on est une femme, comment faire carrière dans ce secteur?
Il ne faut rien lâcher, se donner à fond et acquérir de solides compétences, mais surtout bâtir son réseau dès le départ. Il ne faut pas être timide: osez contacter directement les personnes qui peuvent vous faire progresser. Rejoindre des structures comme wipswiss, participer activement aux événements pour se faire voir et rester authentique dans son propre style, c'est la clé.
Et si jamais on rencontre le fameux plafond de verre quelle est la solution? Prendre la voie de l'indépendance comme vous l'avez fait?
L'indépendance est une excellente option, mais ce n'est pas la seule voie. Face au plafond de verre, l'important est de refuser le statu quo: cela peut être de lancer sa structure, mais aussi de postuler chez un concurrent qui saura valoriser vos compétences à leur juste valeur.
La Rédaction • Immoday.ch
Suivez-nous sur LinkedIn.
Partager cet article sur:
En lien avec cet article
Partager cet article sur: