
Les mesures de protection anti-incendie sont l'un des éléments essentiels à prendre en compte lors de la construction ou de la rénovation d'un immeuble. Mais ensuite, il est tout autant nécessaire de les auditer régulièrement, au moins chaque fois que des travaux sont effectués dans l'immeuble. Il aura malheureusement fallu l'accident de Crans-Montana pour que de nombreux propriétaires prennent vraiment conscience de l'importance du sujet. Aujourd'hui, les demandes d'audit affluent chez les spécialistes.
Après le drame de Crans-Montana, beaucoup de propriétaires se sont interrogés sur la qualité des protections anti-incendie de leurs immeubles, un point qui, auparavant, n'était pas forcément parmi leurs priorités, d'autant plus que le domaine est assez complexe, avec des niveaux de protection différents selon le volume, la hauteur et l'affectation des bâtiments. Pour mieux comprendre la problématique et la réaction des propriétaires, nous avons interrogé Laurent Guillet, fondateur et administrateur, et Nicolas Sonney, administrateur de Fire System, une entreprise fondée il y a 26 ans, qui emploie 180 collaborateurs, essentiellement en Suisse romande, aujourd'hui numéro 2 du secteur de la protection anti-incendie passive en Suisse.
Laurent Guillet, Nicolas Sonney, après l'accident tragique de Crans-Montana, sentez-vous une prise de conscience de la part des propriétaires?
Très clairement. Les demandes d'audit pour analyser la qualité des protections anti-incendie des bâtiments déjà construits ont fortement augmenté. Nous avons d'ailleurs renforcé les équipes de notre pôle de maintenance, qui se charge de cet audit puis, si nécessaire, de la remise en conformité des bâtiments. Mais pour l'instant, l'essentiel de notre activité continue de se faire en amont, lors de la construction du bâtiment ou lors d'importantes rénovations, en collaboration avec les entreprises générales et les bureaux d'architectes.
Ça prend combien de temps, un tel audit?
Tout dépend de la taille, du volume et de l'utilisation du bâtiment, les exigences légales étant évidemment très différentes pour une villa, un immeuble d'habitation, une salle de spectacle, une halle industrielle ou un hôpital, pour ne prendre que quelques exemples. Bref, un audit, ça peut aller de quelques heures pour un petit bâtiment d'une douzaine d'appartements, à plusieurs semaines s'il faut auditer par exemple tout l'aéroport de Genève. Avec un tarif qui est d'environ 1 000 francs par jour. Nous avons d'ailleurs développé un logiciel pour optimiser le suivi de ces audits, qui permet, entre autres, au propriétaire de savoir exactement où en est leur protection anti-incendie passive, quels sont les points problématiques à régler par priorité et quelles sont les interventions qui ont été faites et celles qui doivent être réalisées suite à des travaux.
Vous parlez de protection anti-incendie passive, c'est-à-dire?
Nous nous occupons de tout ce qui est obturations coupe-feu qui font partie de la protection incendie passive et permettent de rétablir la résistance au feu des parois ou des planchers traversés par des installations techniques, empêchant ainsi la propagation des flammes, des fumées et de la chaleur entre les compartiments et locaux dans un bâtiment. La protection anti-incendie active concentre tout ce qui est détection incendie pour alerter un dégagement de fumées mais aussi sprinklers et jets d’eau, pour éteindre le feu.
Et cette protection active, c'est un domaine où vous n'êtes pas actifs?
Pas encore, mais nous pensons nous développer à la fois dans le domaine de la protection anti-incendie active et en Suisse allemande, peut-être par des acquisitions, avec comme objectif de devenir leader en Suisse. Actuellement, nous sommes numéro 2.
Si j'en reviens à l'audit, il faut le faire régulièrement?
Tout dépend de la taille et de l'utilisation du bâtiment, et du niveau de protection anti-incendie exigé par la loi. En gros, chaque fois que le bâtiment subit des transformations, il faudrait refaire un audit ou réparer si des obturations coupe-feu sont détériorées. Ceci dit, pour du résidentiel, s'il n'y a pas de travaux, il faudrait définir avec les régies la périodicité du contrôle. Avec une attention portée particulièrement aux voies d’évacuations verticales et horizontales, aux locaux techniques et aux sous-sols, par exemple le local chaufferie ou des locaux ayant une grosse charge thermique comme les caves ou local recevant les déchets. En revanche, si vous êtes dans un bâtiment industriel où il y a sans cesse des travaux, des dizaines de chantiers en parallèles où l'on tire des câbles, où l'on installe des machines, il faut le faire plusieurs fois par année. C'est d'ailleurs l'avantage de notre application : elle vous indique clairement quels sont les points qui doivent être contrôlés et quand nos spécialistes doivent repasser, par exemple pour remettre en état des obturations. Elle permet aussi une traçabilité des interventions, ce qui est essentiel en cas d'incident, car ce sont des données qui vont être demandées par l'assurance.
Les caisses de pension, les fonds de placement, les investisseurs institutionnels font partie de vos clients?
Oui, ne serait-ce que parce que ce sont aujourd'hui les plus grands constructeurs immobiliers de Suisse. Ils nous mandatent en amont, au moment de la construction, mais aussi au cours de la vie de l'immeuble pour faire des audits. C'est que, pour ces investisseurs institutionnels, la protection anti-incendie est essentielle. Si un bâtiment n'est pas aux normes en temps et en heure, il peut y avoir un problème de continuité de l'exploitation, ce qui va impacter les cash-flows, puisque les loyers ne vont plus rentrer. Sans parler du dégât d'image si un bâtiment a un accident à cause de normes anti-incendie qui n'auraient pas été respectées.
Pour vous, la situation a changé depuis l'accident de Crans-Montana?
Il y a clairement eu une prise de conscience. C'est triste à dire, mais l'accident de Crans-Montana a fait l'effet d'une piqûre de rappel pour beaucoup de propriétaires. On le voit au nombre de demandes que nous avons reçues et surtout à la rapidité des décisions. Chaque propriétaire d'immeuble a le devoir de s'intéresser à ce que ses locataires, les gens qui habitent ses immeubles, soient protégés de façon optimale contre l'incendie. Ce n'est pas négociable.
La Rédaction • Immoday.ch
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