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Pour une direction de fonds, le Risk Management et la Compliance sont essentiels. En outre, ils ne cessent d’évoluer et de se complexifier, avec l’arrivée de thématiques telles que l’ESG, le renforcement des exigences de la FINMA et les nouveaux enjeux liés aux évolutions technologiques, notamment en matière d’encadrement de l’intelligence artificielle. Sans oublier que, pour être efficace, le Risk Management et la Compliance exigent une indépendance totale de l’activité de gestion et un accès illimité à l'information.
Depuis maintenant plus de 10 ans, Yaël Brunschwig s'occupe du Risk Management et de la Compliance chez Realstone. Elle a vu les équipes grandir, le portefeuille immobilier s'étoffer avec des actifs sous gestion qui dépassent désormais les 5 milliards de francs. Ce qui a parallèlement entraîné une multiplication des exigences liées à son métier. Elle nous les explique.
Yaël Brunschwig, quelle a été votre formation?
Une maturité latin-anglais, puis une licence en droit à l’Université de Lausanne avec une année à Zurich.
Comment rencontre-t-on les fonds de placement dans des études de droit?
Pas directement dans le cursus de base, en tout cas à l’époque. L'opportunité s'est présentée en 2007 lors de mon assistanat à l’Université de Genève: j'ai choisi de travailler sur la LPCC, qui venait d’entrer en vigueur et a été un tournant majeur pour tout le secteur.
Ensuite, comment êtes-vous arrivée chez Realstone?
En 2013, encouragée par ma sœur qui travaillait dans une gérance lausannoise et par Lucia Morgillo, j'ai fait une offre spontanée chez Realstone. J'ai commencé comme Compliance & Legal Officer pour devenir aujourd'hui Head of Risk Management, Compliance & Legal.
En quelques mots, qui est Realstone?
Une direction de fonds agréée FINMA. Nous gérons plus de CHF 5 milliards d’actifs immobiliers en Suisse via quatre produits: deux fonds cotés, Realstone RSF et Solvalor 61; un fonds non coté, Realstone Industrial Fund; et un groupe de placement d’une fondation, Realstone Immobilier Résidentiel Suisse.
C'est une grosse équipe?
Aujourd’hui, nous approchons des 50 collaborateurs, contre une quinzaine à mon arrivée en 2013.
Concrètement, à quoi sert le Risk Management pour des actifs comme l'immobilier?
C'est une fonction de contrôle non seulement obligatoire pour obtenir l’agrément de la FINMA, mais également clé pour une bonne gouvernance. La fonction Risk Management détermine, évalue et surveille les risques auxquels sont exposés la direction de fonds (p. ex: conformité, cyberrisque, fraude, réputation) et les produits sous gestion (p. ex: vacance, litiges, baisse de valeur des actifs, liquidité). Pour être efficace, elle exige une indépendance totale de l’activité de gestion et un accès illimité à l'information.
Et la Compliance?
La fonction compliance garantit la conformité légale et réglementaire de chaque décision de la direction de fonds afin de protéger les intérêts des investisseurs.
Les contraintes sont-elles les mêmes pour un fonds coté, non côté et une fondation de placement?
La protection des intérêts des investisseurs est la clé de voûte du système, mais l'évaluation des risques et le cadre réglementaire peuvent différer selon le type de produit.
En matière de gestion des risques, les caractéristiques propres à chaque produit sont prises en compte, en particulier la taille du produit, le cercle des investisseurs, la politique de placement, etc. Par exemple, les fonds non cotés qui sont encore en phase de lancement peuvent faire face à des enjeux de liquidité spécifiques.
Le cadre réglementaire applicable aux fonds cotés, non cotés et aux fondations repose sur des principes communs. Des différences peuvent toutefois exister selon la nature du produit concerné, même si de nombreuses similitudes subsistent, notamment en raison d’un objectif fondamental commun: assurer la protection des investisseurs. À titre d’exemple, les fonds cotés sont soumis à la réglementation boursière, notamment en matière de publicité des informations, tandis que les véhicules non cotés et institutionnels bénéficient d'un cadre de publication plus souple. D’autres allégements peuvent également être obtenus pour les produits qui ne s'adressent qu'à des investisseurs qualifiés.
Ces dernières années les augmentations de capital et le lancement de nouveaux produits se sont multipliés. Quelle est votre tâche dans ces opérations?
Pour les augmentations de capital, mes tâches sont essentiellement de la compliance et de la revue documentaire visant à assurer la conformité de l’opération avec les exigences applicables. L'intention de procéder à une levée de fonds implique notamment de communiquer simultanément au marché les conditions de l’augmentation de capital afin de respecter l’égalité de traitement entre les investisseurs et d’éviter les délits d'initiés. De plus, si la direction de fonds distribue elle-même ses produits, elle doit également respecter des obligations réglementaires spécifiques (notamment en termes de classification des investisseurs et de documentation). Pour les fonds non cotés et réservés à des investisseurs qualifiés, nous veillons au respect de l'éligibilité des investisseurs.
Pour le lancement de nouveaux produits, ma fonction m’amène à être impliquée dès la conception du projet et du business plan. Si le produit est au bénéfice de certaines dérogations accordées par la FINMA, celles-ci devront être monitorées de près par le risk management.
Depuis plus de 10 ans que vous êtes chez Realstone, comment votre travail a-t-il évolué?
Il a beaucoup évolué et s’est également complexifié. Tout d’abord, le volume réglementaire et thématique dans lequel s’inscrit mon travail a considérablement augmenté depuis 10 ans. Aujourd’hui, les enjeux liés à l’ESG sont devenus centraux. De plus, de nouveaux impératifs en matière de reporting et de gouvernance apparaissent régulièrement. À titre d’exemple, la FINMA a dernièrement spécifié ses exigences en matière de gestion des risques opérationnels pour les directions de fonds et a plus récemment publié une communication relative à l'encadrement de l’utilisation de l'intelligence artificielle. Cela peut impliquer de nouveaux risques à monitorer et la mise en place de processus et de contrôles efficaces pour mitiger ces risques.
Comment faire pour rester à jour?
La formation continue est essentielle. Pour ma part, je participe activement à des groupes de travail sectoriels, comme ceux de l'AMAS ou de Coptis, ce qui me permet de me maintenir à jour grâce à des échanges réguliers avec d’autres praticiens. Ces échanges avec les autres acteurs du marché sont à mon sens indispensables pour comparer les expériences, échanger sur d’éventuelles problématiques et anticiper les impacts réglementaires.
Quel est l'avantage d'avoir le Risk Management à l'interne comme chez Realstone? Plusieurs Asset Managers le sous-traitent à des sociétés externes.
Les deux approches ont leurs avantages. Chez Realstone, nous avons fait le choix d’utiliser un modèle mixte: je gère le quotidien en interne et nous externalisons une partie des contrôles ainsi que le reporting trimestriel au Conseil d’administration à une société. Cela me permet de combiner une connaissance approfondie de l’entreprise et une vision transversale de ses activités, en ayant des échanges directs et réguliers avec mes collègues, tout en bénéficiant de l’expérience d’une société externe, de sa vision globale du marché et de ses bonnes pratiques.
On trouve beaucoup de femmes qui dirigent le Risk Management et la Compliance dans les fonds immobiliers suisses. Une coïncidence?
C'est possible. Pour ma part, outre la passerelle classique entre droit et compliance, gérer les risques correspond bien à mon caractère.
C'est un avantage d'avoir des femmes dans son équipe dirigeante?
Je pense que cela peut effectivement être un atout. Plus une équipe est diverse, que ce soit en termes de parcours, de genre, d’expériences etc., plus elle est susceptible d’être performante. Pour moi, les équipes les plus efficaces sont généralement celles qui réunissent des compétences complémentaires et des perspectives variées, plutôt que celles qui reposent sur une grande homogénéité.
Alors, quels conseils donneriez-vous à une femme qui aimerait faire carrière dans l'immobilier?
Oser formuler et verbaliser ses ambitions. Il faut demander clairement ce que l'on veut sans craindre les étiquettes. À compétences égales, le système favorise encore trop souvent les hommes. Pourtant les femmes ne cherchent pas à évincer les hommes, elles veulent simplement leur place légitime dans l’entreprise, pour apporter leur pierre à l'édifice.
La Rédaction • Immoday.ch
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